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Tandis que l'hiver canadien s'installe déjà et après quatre longs mois de piquets de grève, 3.000 grévistes de la section locale 6500 de l'United Steelworkers (USW) de Sudbury, dans l'Ontario, ne désarment pas. Le combat qu'ils mènent pour défendre leur niveau de vie et leurs conditions de travail face à un propriétaire marron – le brésilien Vale – s'est transformé en une épreuve de force entre une multinationale rentable et des travailleurs canadiens.
Cet affrontement est le fait de Vale, décidée à s'approprier beaucoup plus que les riches gisements de nickel du sous-sol canadien face à des mineurs et des métallurgistes qui, avec leurs familles et leur syndicat, font pour la première fois front ensemble pour défendre leurs moyens de subsistance.
Les grévistes de Sudbury, tout comme 500 métallurgistes en grève à Port Colborne, dans l'Ontario, et à Goose Bay et Voiseys Bay, au Labrador, savent maintenant que leur arrêt de travail va durer pendant tout le long hiver canadien. Ils le savent en raison du refus de Vale de reprendre la négociation, des manœuvres et des intimidations de la direction pour reprendre la production, et du fait qu'après leur effondrement, les cours mondiaux du nickel ne sont pas revenus à un niveau qui gonflerait les profits de Vale.
Ils se sont donc préparés à un long hiver sans salaire. Alors que des équipes de grévistes parcourent le monde pour dénoncer la voracité de leur employeur, le Président de la section 6500, John Fera, est resté à Sudbury pour veiller à l'essentiel : entretenir l'unité et la fraternité et mener la lutte contre Vale sur place, une tâche harassante compte tenu des constantes agressions de la direction contre les piquets de grève et devant les tribunaux.

John Fera
"Chacun ici sait pourquoi nous nous battons," a déclaré John Fera à l'ICEM. "Chaque gréviste est totalement impliqué et chaque membre de sa famille sait ce qui est en jeu pour la communauté. Et cela, nous le devons à l'USW."
Il passe ensuite en revue une longue liste d'actions et de programmes d'auto-assistance dans lesquels la section 6500 de l'USW est engagée à partir de ses nouveaux locaux, reconstruits après un incendie dévastateur, il y a 14 mois. Les grévistes reçoivent chaque semaine une indemnité de grève de 200 $ canadiens de l'internationale. À cela s'ajoute une grande banque alimentaire, un fonds d'aide extraordinaire ainsi que l'aide de professionnels du service social.
La section 6500 continue de lancer des activités chaque semaine, dont une intitulée "des manteaux pour les enfants" dans laquelle les dons de syndicats, d'organisations et de particuliers alimenteront un fonds pour l'achat de nouveaux vêtements d'hiver. Une récente "Journée des familles" devant les piquets de grève illustre les propos de John Fera. Le syndicat va aussi parrainer plusieurs activités à Noël afin d'encore renforcer la cohésion.
La meilleure preuve de cette unité est que pas un seul gréviste n'a franchi les piquets pour reprendre le travail depuis le début de la grève, le 13 juillet.

Tandis que des dizaines de métallos ont porté la grève dans d'autres sites d'exploitation et des manifestations de prestige de Vale sur quatre continents, des centaines d'autres de Sudbury n'ont pas été moins actifs au pays. Ils ont manifesté devant le siège de Vale à Toronto, devant ses bureaux provinciaux et contre un gouvernement conservateur qui n'applique pas la Loi sur l'investissement au Canada, un texte supposé protéger l'emploi canadien et les ressources du pays en cas de rachat par des entreprises non canadiennes.
Les grévistes de Sudbury ont aussi porté l'affaire devant le ministre canadien de l'industrie, Tony Clement, un conservateur qui avait déclaré au départ de la grève que la région de Sudbury serait une "vallée de désolation" si Vale n'avait pas racheté le groupe canadien Inco en 2006.
Maintenant, à mesure que s'installe la pénombre hivernale, le spectacle de désolation est celui des piquets de grève et des vigiles de Vale habillés de noir qui tentent d'inciter les grévistes à des actes de violence sous l'œil de caméras pour servir de preuves devant les tribunaux. Depuis début octobre, Vale feint de relancer la production, mais ce n'est pas vraiment le cas, seulement une manœuvre d'intimidation psychologique de la part de la direction.
La direction a manipulé le personnel administratif et technique syndiqué – qui reste en poste en vertu de sa convention de travail - pour qu'il suive une formation qui lui permettrait de relancer la production. Pour John Fera, 50 de ces 450 travailleurs pourraient peut-être collaborer, et il ajoute que sur les six mines, trois pourraient avoir une activité limitée. Du personnel non syndiqué est toujours en activité dans une raffinerie de nickel, mais le gigantesque four d'une capacité annuelle de 100.000 tonnes est à l'arrêt.
"La direction veut nous faire croire qu'un chargement est sorti de la raffinerie de Clarabelle, mais nos sources du milieu du transport disent que c'est faux", conclut John Fera.
Entre-temps, les syndicats continuent d'agir partout dans le monde. Le mois dernier, la Fédération internationale des organisations de travailleurs de la métallurgie (FIOM) s'est jointe à la campagne pour réclamer à Vale une convention collective équitable au Canada. Aujourd'hui, en Corée, l'ICEM et la FIOM ont permis à deux grévistes canadiens de participer à une manifestation publique pendant laquelle des protestataires se sont rasé le crâne devant les bureaux de Vale à Séoul.

Nick Larochelle, Andi Karman (FSP-KEP) Soroako,Tim Kiley
Cette action de protestation était aussi dirigée contre Korea Zinc, une entreprise dont la filiale Korea Nickel Corp. est contrôlée à 25% par Vale. Dans une lettre adressée à son P-DG, Chang Keun Choi, le Président de l'USW, Leo Gerard, le Secrétaire général de l'ICEM, Manfred Warda, et le Secrétaire général de la FIOM, Jyrki Raina, lui demandent "de contacter Vale pour réclamer qu'elle traite les travailleurs équitablement partout dans le monde, notamment en revenant à la table de négociation au Canada et en cessant d'utiliser des travailleurs de remplacement."

La lettre demandait à Korea Zinc de "s'abstenir d'acheter, recevoir ou traiter du nickel et des produits à base de nickel en provenance des usines canadiennes où des membres de l'USW sont en grève."
Ces mêmes deux grévistes actuellement en Corée – Nick Larochelle et Tim Kiley – en compagnie de Doug Olthuis, de l'USW, et du Secrétaire général des métallurgistes de la CNM-CUT, Sergio Guerra, ont accompagné notre affilié indonésien de la chimie, de l'énergie, du gaz et de la mine, FSP-KEP, et son Président, D. Patombong Sjaiful, à la filiale de Vale PT Indonesia Nickel Corp. située à Soarako, dans la lointaine province de Sulawesi. La délégation a essayé d'y rencontrer des mineurs, eux aussi victimes des politiques d'entreprise de Vale.

Au Brésil, des grévistes venus du Canada ont assisté à une réunion d'investisseurs de Vale à Rio de Janeiro et posé des questions relatives à la responsabilité sociale de l'entreprise. Ils ont aussi rencontré des politiciens, des groupes de la société civile et ils prendront la parole devant des rassemblements de délégués du personnel de syndicats représentant les mineurs et métallos de Vale qui envisagent de ratifier des projets de conventions collectives avec Vale au Brésil.
La semaine dernière, au Royaume-Uni, des adhérents de l'USW se sont joints à des dirigeants du syndicat britannique Unite dans une action de protestation devant la Deutsche Bank dans la City, à Londres, alors que des représentants de Vale se trouvaient à l'intérieur pour faire rapport sur leurs résultats sur le marché mondial des métaux.
En outre, il y a deux semaines, LabourStart, le portail des militants du mouvement syndical mondial, a lancé une protestation en ligne contre Vale. Pour exprimer votre protestation auprès de Vale au Brésil à propos du traitement qu'il fait subir aux travailleurs canadiens et à leurs familles, cliquez ici.




