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Afin de ne pas être assignée devant une cour fédérale américaine et confrontée à des témoignages sur la complicité de sa filiale nigériane dans l’exécution en 1995 de Ken Saro-Wiwa et de huit autres défenseurs des droits du peuple Ogoni, la société Royal Dutch Shell a versé une indemnité de 15,5 millions de dollars américains aux neuf plaignants, parents des martyrs, et au peuple Ogoni.
Shell a fait cette annonce avant que ne s’engage une procédure devant une cour fédérale de New York en vertu d’une loi américaine sur les préjudices causés dans un pays étranger. Ce puissant instrument de portée universelle est un garant de justice sociale et d’indemnisation des victimes non américaines de crimes ou de délits commis par des sociétés. Shell a annoncé le versement de 10,5 millions de dollars aux plaignants et de 5 autres millions à un fonds fiduciaire créé pour le peuple Ogoni.
Shell a parlé à ce propos d’« arrangement humanitaire », tout en clamant son innocence et niant toute complicité avec le régime d’Abacha dans la rafle et l’exécution des militants écologistes et du droit à la terre qui conduisaient le peuple Ogoni dans le delta du Niger.
Engagées aux États-Unis par le Centre des droits constitutionnels et des droits à la Terre, les poursuites civiles ont traîné pendant plus d’une décennie. Phil Mattera, écrivain américain et militant des droits des travailleurs, a pu écrire : « Il est compréhensible que les plaignants… aient ressenti le besoin de boucler une affaire qui s’était éternisée pendant 13 ans et d’apporter une certaine assistance financière à la communauté Ogoni. Mais il est frustrant de voir que Shell tente de retourner une offense en une occasion de redorer son blason. »
La société Shell était accusée de crimes contre l’humanité et de complicité dans des cas d’arrestations arbitraires, de torture, d’entorses à la jurisprudence, d’homicides coupables et de harcèlement psychologique. Ken Saro-Wiwa et les autres ont fait l’objet de procès expéditifs et d’exécutions sommaires par les forces de sécurité du général Abacha en novembre 1995.




