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 23 Février 2009     ICEM InBrief     Guadeloupe
La grève en Guadeloupe fait une victime et suscite enfin l'attention en France

La grève générale qui frappe les territoires français d'outre-mer de Guadeloupe et de Martinique, dans les Antilles, a tourné au drame la semaine dernière, lorsqu'un syndicaliste quinquagénaire, Jacques Bino, a été tué à l'approche d'un barrage routier dressé par des jeunes à Pointe-à-Pitre, la plus grande ville de l'île. Sa voiture a été touchée à trois reprises par des balles de fusil de calibre 12 dont l'une a atteint le fonctionnaire des impôts et syndicaliste en pleine poitrine.

Six policiers ont également été blessés en Guadeloupe dans la même soirée du 17 février tandis que les émeutes embrasaient l'île. On suppose que Jacques Bino aurait été tué après avoir été pris pour un policier en civil.

La grève générale a été lancée le 20 janvier par un collectif d'une cinquantaine de syndicats et d'associations baptisé “Liyannaj Kont Pwofitasyon” (Un peuple en lutte contre l'exploitation). Elle s'élève contre un système de castes sociales hérité de l'époque où l'esclavage régnait sur l'archipel.

Le 14 février, des milliers de travailleurs ont défilé dans la ville de Le Moule en chantant "La Guadeloupe est à nous, pas à vous".

Elie Domota

Pour Elie Domota, le porte-parole du mouvement contre l'exploitation, "la Guadeloupe est une colonie parce que, dans un département français, on n'aurait jamais laissé la situation se détériorer à ce point avant d'intervenir." Les manifestants prennent pour cibles les "békés", les descendants des propriétaires de plantations blancs qui contrôlent toujours l'essentiel de l'économie de l'archipel et représentent moins d'un pour cent de la population de la Guadeloupe qui compte 450.000 habitants.

Les citoyens de la Guadeloupe sont spoliés parce que la plupart des produits alimentaires sont importés et beaucoup plus chers qu'en France. Or, les salaires sont beaucoup moins élevés et le taux de chômage atteint 20%. À Paris, le gouvernement Sarkozy a refusé d'accorder une hausse de 200 € du salaire minimum mensuel ou de donner suite à une revendication demandant une diminution de 20% des prix des produits de première nécessité, comme la nourriture et l'essence.

Il a fallu attendre quatre semaines de grève pour que Nicolas Sarkozy intervienne, la semaine dernière. Il a parlé de la nécessité de changements en profondeur dans l'économie de l'île mais n'a avancé aucune proposition concrète.

Des manifestations semblables ont eu lieu en Martinique voisine, tandis que la grève menace de s'étendre en Guyane française, en Amérique latine, et à l'île de La Réunion, dans l'océan Pacifique. Le mouvement de protestation pourrait faire tache d'huile dans la métropole dans les jours ou les semaines à venir.

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